le carnet du lait

14 décembre 2011

Quand Bruxelles bruxellait…

Publié par lutiner dans feuillaiton

Épisode 2 : où l’on parle de De Gaulle, de confiture verte, de Kubrick, de Thalys, de Proust, de Cohen, de frites et de surréalisme, des Jésuites, de Schubert, de consonnes fricatives alvéolaires sourdes et d’autres étrangetés de la linguistique, de circoncision, et d’une foule de sujets maltraités, parce qu’il faut battre le fer pendant qu’il est encore chaud.

 Levés potron-minet, nous ingurgitons un copieux petit-déjeuner avec nos hôtes et notre nièce. On nous emmène ensuite à Montparnasse, où nous devons prendre le bus pour l’aéroport de Roissy. Comme d’habitude, il y a des embouteillages sur le périphérique et nous mettons près d’une heure jusqu’au terminal 2 E.  C’est dans ces moments-là que tu te dis que Paris est une foutue belle ville, mais que la banlieue sud-est et nord que tu devines derrière les murs antibruit le long du périph paraît étriquée.

Entre la route et la banlieue, il y a un terre-plein en pente rempli d’arbustes et de hauts taillis dans lesquels on distingue une multitude de tentes igloos. Là viennent dormir les laissés pour compte d’un système défaillant : Roms, chômeurs ou toxicos recherchant la clandestinité pour mieux se protéger d’un système qui ne veut plus d’eux et les pourchassent. Au pied des murs antibruit, ils se blottissent clandestinement les uns contre les autres et nous jettent au visage leur réalité.  D’aucuns penseront qu’il s’agit de la lie de l’humanité qui se nourrit de rapines et qui n’a que ce qu’elle mérite. C’est du moins ce que nous entendons dans le bus où la compassion n’a pas payé sa place. Pourtant, voilà quelques semaines que nous sommes rentrés et nous n’arrivons pas à oublier ces tentes igloos, et ce ne sont pas celles du square Victoria ou de Wall Street, malgré la force du message qu’elles portent, qui effaceront ces mêmes tentes en apparence, mais qui nous disent que la misère et la détresse sont autour de nous, parmi nous et que nous fermons les yeux, la plupart du temps.

 

Bon, Thalys nous attendait à l’aéroport et n’avait rien à faire de ces considérations. Pour ceux qui n’ont pas l’occasion de beaucoup voyager ou qui ne veulent pas mettre à mal leur bilan carbone (si si, j’en connais !), Thalys est le nom qu’une firme de design belgo-néerlandaise a trouvé pour le TGV Paris-Bruxelles-Amsterdam. Eh oui ! nous sommes si originaux que nous prenons le train à l’aéroport, grâce à un billet combiné d’Air France. On n’arrête pas le progrès. ! Mais tout de même, tout fout le camp ! Pas de manucure, pas de léchage de vitrine.

Sur le quai, des touristes peu réveillés, des gens qui sortent à peine de l’avion, tout chiffonnés et bâillant à s’en décrocher la mâchoire. Et puis nous, attendant le train qui avait du retard, parce le Thalys ment quand il annonce qu’il va arriver à l’heure. Pour nous faire patienter, la divine SNCF nous balance ses messages itératifs introduits par un jingle qui vous porte à ébullition rapidement, plus vite que ne le feraient la voix de Gilles Vignault et quelques lignes de Beigbeder. Je ne résiste pas à l’envie de vous le faire écouter pour que vous puissiez, vous aussi chers sédentaires et néanmoins amis, mesurer la magnitude sur l’échelle de la torture de ce séisme auditif : http://www.youtube.com/watch?v=EIMT7JImkHc&feature=related

C’est dire combien il nous tardait de voir l’arrière-train de cette Thalys ! Vous allez encore me dire qu’on ne voit jamais l’arrière d’un train, mais il faut que vous sachiez que de fesse comme de face, les TGV se ressemblent.

En première classe que nous voyageâmes, siouplait! mais rien à voir avec Air France en classe affaire (voir épisode 1) : un petit café dégueu et une orange sure au lieu du champagne et du bœuf forestière… quoiqu’à la réflexion c’est peut-être pas plus mal, considérant que je ne connaissais pas encore les Belges, pas plus que leurs leurs ouas-ouas. Et la ventouse, existe-t-elle seulement dans ce plat pays qu’est le leur ?  Les sièges sont confortables et nous nous installâmes pour 1 heure 45 de paysages flous tellement la vitesse est grande. De toute façon y a rien à voir, les voies étant bordées de remblais, puis d’arbres, puis de remblais, puis d’arbres, puis de remblais (allez, je vous la refais encore une fois!) puis d’arbres, puis des remblais.

Et puis soudain, alors qu’il crachinait à Paris, le soleil apparut pour nous faire découvrir les environs de Bruxelles. Jusqu’à ce moment-là, j’avais un peu oublié  le but de ce voyage, mais une sorte de trac mêlé d’impatience, comme avant un rendez-vous important, se saisit de moi tandis que Thalys s’immobilisait dans la gare de Bruxelles-Midi. Sur le quai, je cherchai ma fille qui venait chercher son père et sa belle-mère, comme nous l’avions fait tant de fois à Dorval. Cette fois-ci, c’est elle qui m’accueille dans sa ville. Cela dit, ne comptez pas sur elle pour vous nommer tous les monuments de la ville, elle est encore trop neuve à Bruxelles pour vous être d’aucune utilité dans ce domaine. Quelques instants plus tard, nous sommes dans son appartement à Saint-Gilles, un très beau quartier de la ville en haut de la Grande Place. Les temps changent ! Il est loin le temps des chambres de bonne minables que j’habitais à Paris pendant mes études et les apparts insalubres que je partageais parfois avec les souris. Ni moi ni sa mère (Flora) n’avons habité d’appartement aussi agréable et spacieux que ma fille partage avec Marina, sa coloc et amie de longue date, qui a décidé de faire des études de droit à l’ULB.

On déposa les bagages et l’estomac dans les talons, nous avons très vite trouvé un bistro pour assouvir notre appétit. Et là, ce fut la RÉVÉLATION !! La frite belge n’est pas un mythe, mais une réalité bien vivante. Elle est à nulle autre pareille, bien dorée sans être grasse, bien calibrée tout en restant unique (pas comme celles que l’on trouve congelées dans les supermarchés des villes canadiennes et qui sont toutes pareilles (les frites, pas les villes , quoique…) croustillantes, mais sans chair : de l’huile en bâtonnets), chaude sans être brûlante, sensuelle sans être vulgaire, intelligente sans être pédante. Elle est belle en restant simple et n’a pas besoin de se peindre en rouge pour être séduisante. Le ketchup serait une insulte à sa beauté.

Il y aurait de quoi faire une véritable ode à la frite tant elle brille au firmament de la gastronomie belge. Ils n’ont pas de gouvernement, mais ils ont la frite, les veinards.

Comment vous dire l’influence de la frite belge dans l’art, sans penser au célèbre tableau de Magritte (un Belge) : Ceci n’est pas une frite. Le surréalisme a d’ailleurs partiellement pris son envol grâce aux Belges et indirectement à la frite. Mais au-delà des frontières de la Belgique, pensons à toutes ces œuvres d’art autour de la frite. En cinéma : une frite pour Tobrouk, Frite mécanique, La Frite frira trois fois, Les gendarmes font des frites (elles ont d’ailleurs Galabrûlé), Faut pas prendre les frites belges pour des canards sauvages (quoiqu’en civet les deux se marient bien), Une frite nommée désir, Tirez pas sur la frite, La frite dans un nid de coucou ou l’incontournable Il était la frite une fois, un western-frites farouchement différent des westerns-spaghettis, parce que joués essentiellement par des acteurs belges, dont Eddy Merckx et la pulpeuse Annie Cordy, La guerre des frites, fable enfantine sur l’appartenance linguistique de la frite, Ceux qui m’aiment mangeront des frites où la mayonnaise ne prend pas vraiment et tant d’autres, ma liste ne pouvant pas prétendre à l’exhaustivité.

En littérature : À la recherche de la friteuse perdue, ou l’histoire d’un homme partant à la recherche de sa friteuse SEB dérobée par Albertine, disparue dans la nature, avec la complicité de Charlus, de Swann et d’Odettte et de l’insatiable madame de Vinteuil (notons que l’auteur de ce chef-d’œuvre affectionne les phrases longues comme un jour sans frites), Les dix petites frites, Voyage au bout de la frite, itinéraire crépusculaire d’un homme qui n’a pas la frite, Des frites et des hommes qui décrit avec force la grande dépression des paysans belges durant la crise du doryphore qui avait anéanti toutes leurs cultures de patates et enfin, je ne peux passer sous silence cette œuvre monumentale qu’est Frite du Seigneur, grand hommage d’un écrivain né dans la Grèce (!) d’avant le siècle et qui a fréquenté les grandes huiles de la SDN et du BIT.

En musique : l’œuvre, probablement la plus connue, reste La Frite de Schubert (on prétend dans certains milieux qu’il accompagnait toujours la truite de frites, plat appelé aujourd’hui la Shubertiade, et qu’il serait mort prématurément d’une infection alimentaire causée par le poisson qui avait été péché en eaux troubles. Sa mort ne serait donc pas due à la syphilis comme d’aucuns le prétendent. Sources : wikifritia), L’Hymne à la frite , 4e mouvement de la 9e  de Beethoven et qui est devenu l’hymne officiel de l’Union européenne, dont le siège est à Bruxelles, CQFD.

Je suis sûr que vous aussi, connaissez d’autres œuvres d’arts dédiés à la frite, faites-m’en part et je les publierai lors du prochain épisode.

Vous l’avez compris, j’aime la frite belge.

Sortis du restaurant, nous nous empressons de rentrer chez Jeanne pour nous préparer à la première soirée en Belgique. Nous retrouvons sa mère et son beau-père dans le salon pour une rencontre apéritive que tout le monde attendait avec une certaine angoisse. Après près de dix ans sans se voir ni se parler, nous nous retrouvions côte à côte dans le salon autour de bouteilles de vin et d’olives. Nous étions tous soulagés de constater qu’il n’y avait aucune gêne entre nous ni d’allusions à un passé pour le moins douloureux pour tout le monde. Bien au contraire, l’ambiance fut chaleureuse et Jeanne en est la première responsable. Enfin, les quatre personnes qui lui tiennent le plus à cœur étaient réunies autour d’elle, à l’occasion de ses vingt ans. La soirée se passa dans un restaurant italien près de chez Jeanne et je retrouvai assez vite la vieille complicité qui liait Flora et moi pendant dix ans. C’était plutôt réjouissant pour nous tous qui appréhendions ces retrouvailles. Jeanne nous quitta à dix heures pour se rendre à une fête organisée par des amis de son école d’Art. Nous nous sommes terminés à la grappa généreusement offerte par le patron, puis Flora et moi avons commandé un autre verre de la divine eau de vie, histoire de digérer les derniers restes du repas.

Estimant que cela ne suffisait pas et aidés par l’alcool, nous avons pris une dernière bière à la brasserie au pied de l’immeuble de Jeanne. J’ai reconnu a posteriori que celle-là était de trop, mais Véronique m’avait refilé un cachet de citrate de bétaïne avant que je quitte Paris, au cas où, et l’occasion se présenta. Sommeil de plomb en vue du lendemain et de la journée de fête de Jeanne avec les cadeaux qui vont avec.

Ainsi prend fin cette première journée en Belgique. Dans l’épisode suivant, vous découvrirez un peu mieux Bruxelles. Nous allons en effet quitter le quartier de Saint-Gilles pour nous aventurer dans les mystères de Bruxelles.

 

Le premier épisode a suscité quelques réponses de quelques-uns d’entre vous.

 

Ironman™ , sache que les salutations ont été faites et que le premier épisode n’était pas du teasing. Mais que la patience est la mère de toutes les vertus. Bonjour à Françoise et à ta progéniture

Christiane, je suppose que tu veux parler de la crème glacée Coaticook, nous l’aimons tous.

Mo : le voyage à Carnac aurait mérité pareil traitement, je te le concède et peut-être me laisserai-je tenté, d’autant plus que les anecdotes  croustillantes de ce voyage estival ne manqueraient pas de tenir en haleine, mais j’ai peur que pour paraphraser Bernard le Lyonnais, ÇA VA PAS L’FAIRE.

Vivi : désolé, pas d’épisode scatologique cette fois-ci, mais de l’eschatologie je t’en promets pour la prochaine fois.

Sophie : merci, c’est un peu potache ça, non ?

Mathieu : Attention, sur la photo à la montagne, on a l’impression que Julie est en train de s’envoler. Ce fut un plaisir de vous voir ainsi que les filles et Jeanne a beaucoup aimé ces heures en votre compagnie. Ella a pu sympathiser avec Julie et Maiike…et Figaro. Nous avons visité la maison Horta le lendemain et ça en valait vraiment la peine. J’ai acheté un livre consacré à ce musée et j’y plonge régulièrement. J’en parlerai d’ailleurs prochainement.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire goûter intégralement à la prose du sieur Jean Simonnet réagissant à mon texte. Comme lui, j’ai été éduqué par les Jésuites et initié à la casuistique. Nous avons fait ,comme on disait alors (pas à la même époque tout de même), nos Humanités. Merci Jean de cette joute, J’ai bien ri. Le message de Jean s’intitule « Brut selles…? »

 

« Ah! Sire que belle est votre missive et qu’hilarantes sont les péripéties rapportées.

Qu’il vous soit gré de poursuivre votre narration quel que soit votre gastrique état du moment.

Sire, vous nous promettez d’être concis pour le futur ! Qu’à Dieu ne plaise de vous laisser, bridant vous-même votre plume, sur une réserve d’écriture qui, à l’évidence et pour nous à tout le moins, nous laisserait cruellement insatisfaits, allant jusques à croire en une tiédeur soudaine et insupportable de nos liens affectifs si doux et agréables jusqu’à ce jour.

Sire, concis ? Jamais…! Livrez-vous à nous tout entier. Ne coupez rien dans votre récit de ce qui pourrait nous remplir de joie ou nous faire derechef sourire .

Nous vous lirons avec cette béatitude que seule l’amitié peut engendrer. En cette attente faite d’intérêt et d’impatience, nous vous assurons de notre profonde fidélité en amitié et vous prions de faire de notre part à votre belle ces baisers chastes qui sont, par votre entremise, les meilleurs, mais hélas lointains supports de notre affection envers elle.

Bon séjour à vous deux et au prochain courriel.

Jean

 


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