le carnet du lait

11 juillet 2010

Les chats ne jouent pas au football.

Publié par lutiner dans lait-divers, Non classé

J’ai toujours rêvé de jouer au football, mais, dans ma famille, le club de football (prononcer fotbal) appartenait au clan opposé. Chez nous, c’était la musique. J’ai donc fait de la musique avec application, mais sans grand talent. Je voulais être virtuose ou rien. Je ne fus rien, ou plutôt j’ai essayé autre chose. Sans que mon père n’en sût rien, j’ai fréquenté l’école de foot du village jusqu’au jour où l’entraîneur exigea que nous ayons notre propre ballon et nos propres chaussures à crampons. Je n’ai jamais osé le dire à mon père et j’ai lâchement quitté un sport que j’affectionnais pour me remettre sagement au solfège dans un local de répétition qui sentait le bois humide et le vin blanc de mauvaise qualité, un Rappilles que nous nous étions habitués à boire lors des réceptions où la fanfare devait se produire.

Peu à peu je me suis désintéressé de ce sport qui m’avait repoussé et je l’oubliais bien vite, l’adolescence frappant à ma porte. Je ne suis pratiquement jamais allé dans un stade et les matches à la télé étaient d’un redoutable ennui. Mais le football s’est chargé de revenir me hanter, parce que mes amis, pas tous heureusement, étaient des passionnés, des afficionados, des tiffosi, des amateurs éclairés et parce que j’aime l’écriture de Georges Haldas, un écrivain genevois qui a écrit de très belles pages sur ce sport[1]. Jamais je ne m’abonnerai à une chaîne de télévision sur le football, mais je ne boude plus mon plaisir lorsqu’arrive la Coupe du Monde. Nous voici aux portes de la finale et, comme à l’accoutumée, je passerai mon dimanche après-midi avec quelques amis et autres relations à manger, boire, rire et crier en regardant la partie qui opposera l’Espagne, favorite de tout le monde, et les Pays-Bas que je vais soutenir ardemment pour de multiples raisons que seuls mes proches connaissent – quoiqu’à l’ère de Facebook ces raisons atteignent des contrées lointaines et des « amis » que je ne vois plus depuis longtemps et pour qui peu importe ce que je pense.

 

Mes années étudiantes à Paris sont une parenthèse de dix ans, pendant laquelle je ne me rappelle pas avoir eu de l’intérêt pour quelque sport que ce fût. Le blanc total. Une exception : le Tour de France cycliste, probablement plus à travers les Mythologies de Roland Barthes ou les chroniques de l’Équipe d’Antoine Blondin. Pas de télé dans ma chambre de bonne et Internet n’était encore utilisé que par l’armée.

Non, tout a commencé véritablement avec un ami grec durant l’été 1994. Ses origines italiennes sont ressorties à ce moment-là. Le début de la compétition, nous ne l’avons regardé que lorsque l’Italie jouait. Ça n’était pas ce qu’on peut appeler des matches fascinants. Nos femmes et nos enfants vaquaient à d’autres occupations pendant ce temps. Puis nous sommes partis sur l’île de Chios, patrie supposée d’Homère. Autant dire que le football disparut de nos vies et que je passais quelques semaines à refaire le voyage d’Ulysse en buvant du retsina comme si je devais écouler à moi seul toute la récolte de l’île. Nos filles étaient petites et nous les regardions jouer avec les enfants de l’île comme s’ils s’étaient connus depuis toujours. La barrière des langues n’existe pas quand on a trois ans. Vint enfin le jour de la finale et la confrontation entre le Brésil… et l’Italie. La Grèce ayant participé à ce mondial, nous n’eûmes pas de difficulté, alors que le match commençait à 3 ou 4 heures du matin, à trouver une sorte de restaurant sur la plage qui nous avait promis de rouvrir pour la finale. Les orteils en éventail, nous avons attendu en regardant au large la côte turque illuminée et bruyante. Le patron revenait tous les quarts d’heure remplir nos verres et le ballon nous semblait de plus en plus petit. L’émotion fut à son comble quand Roberto Baggio loupa son pénalty et donna le titre au Brésil. Mon ami, dépité, erra sur la plage comme Ulysse sur la mer Égée et me fit ce je de mot désabusé : « En Dunga je ne mettrai jamais de Baresi (sic)».

1998, l’année du couronnement ! À Genève, au milieu de la grande place de Plainpalais, des tentes de kermesse avaient surgi un beau matin de juin, dispersées de façon aléatoire, ce qui n’est pas usuel en Helvétie. Chaque chapiteau représentait une communauté genevoise dont le pays d’origine participait à la Coupe du Monde. J’y ai emmené ma fille de 7 ans sous un soleil de plomb regarder un match chez les Italiens. Elle fut effrayée par ce qu’elle vit et entendit. L’Italie s’était fait sortir de la compétition par la France aux tirs au but. Les Italiens étaient déchaînés, comme d’habitude, mais le silence avant le tir de Di Biagio, crucial pour que l’Italie reste en vie, reste un des grands moments de cette journée-là. C’est dans ces moments-là que la dramatisation dans le sport prend tout son sens, ces secondes suspendues où l’on pourrait entendre le coeur de chaque Italien battre au même rythme, prêts à exploser de joie ou à imploser de rage. C’est pendant ces instants de tension que le peuple italien est le plus beau. Je l’ai toujours côtoyé depuis mon enfance, alors qu’en Suisse ils étaient les boucs émissaires des initiatives xénophobes des années soixante-dix et que nombre d’entre eux vivaient dans des taudis fournis par leur employeur, entre hommes, sans femme ni enfants restés en Italie à cause du statut inique de saisonnier qui leur était attribué par le gouvernement. Mais là n’est pas le sujet. Il faut que je songe à revoir Pane e cioccolata de Franco Brusati avec l’excellentissime Nino Manfredi. Un film qui en dit long sur ces années sombres.

Di Baggio tira sur la transversale et moins de cinq minutes plus tard tout était fini, nous étions presque seuls, ma fille et moi dans ce qui avait été l’antre surchauffé des tiffosi.

La finale, je l’ai vue dans une petite ville de Bretagne. À huit heures ce 12 juillet, il n’y avait plus personne dans les rues, sinon quelques chats abandonnés qui erraient en pestant contre les dimanches de finale. Et il y avait moi qui étais à la recherche d’un bistrot où je pourrai regarder ce match que les Français attendaient depuis si longtemps. J’avais monté la côte qui mène à la grande place où j’étais sûr de trouver, comme partout en Bretagne, une rangée de troquets qui se tireraient la bourre pour alpaguer le chaland. Que Nenni ! La place était vide et les troquets fermés. Une pluie fine commençait à tomber et je me réfugiai dans les ruelles sombres qui descendaient en cascades vers la rivière. C’est là que je me suis arrêté peu avant neuf heures et le début des hostilités, dans un petit café à l’enseigne si discrète que je faillis ne pas le voir. Il y avait là une cinquantaine de personnes, jeunes et vieux, on aurait dit une réunion de famille. Autant dire que mon entrée ne passa pas inaperçue. Mais les Bretons savent recevoir. On me tendit une chaise et à peine assis, deux accortes jeunes filles sont venues me dessiner deux petits drapeaux français sur chacune de mes joues, histoire de faire couleur locale. On me servit à boire avant que je ne passe commande et, comme par magie, mon verre ne se vidait jamais. Un vieil accordéoniste traduisait en musique les images du téléviseur trop grand pour ce petit café. Des buts, il y en eut, des embrassades aussi, et, tandis que les français défilaient sur les Champs-Élysées, nous dansions et buvions, loin de la foule. À l’aube, je quittai ma nouvelle famille et remontai la côte sous le crachin, ombre blafarde se faufilant dans les petites venelles, escortée par les chats…. À suivre.




[1] La légende du football, Georges Haldas, éditions de l’Âge d’Homme, Genève, 1989

23 octobre 2009

L’Adieu aux armes

Publié par lutiner dans lait-divers

Mon dernier week-en chez Renaud-Bray. Une parenthèse se referme enfin. Salut Jacques, Louis, André et les autres. Salut aux acheteurs compulsifs, aux écrivains « rentrés », à ceux qui viennent voir si leur livre se vend bien, à ceux qui n’ont pas encore compris qu’il n’y avait pas d’autre étage, aux râleurs qui prétendront toujours que c’était mieux AVANT, à ceux qui cherchent un livre mais ont oublié le nom de l’auteur et jusqu’au titre de l’ouvrage et qui essaient de t’expliquer la trame de manière décousue (!) avant même que j’aie pu leur faire comprendre que ma caisse n’est pas un ordinateur et que je puisse les renvoyer aux libraires compétents (ça va leur faire plaisir), à ceux qui cherchent un morceau de musique et qui fredonnent un air méconnaissable avec une voix de fausset et à qui je recommande d’aller chanter ailleurs chez les disquaires, à ceux qui tiennent mordicus que l’auteur qu’ils cherchent « est rempli de voyelles (sic) »ou « il y a un H dedans » ou « vous savez…elle est souvent chez Christiane Charrette » (comment leur dire que je ne suis pas capable de l’écouter celle-là tellement ses interrogations sont convenues et ses entrevues gachées par son esprit lisse, sans aspérités. Comme supplice je préfère encore lire Beigbeder, c’est plus raffiné). Bien le bonjour à tous ces visages familiers, souriants et qui me donnent des nouvelles de ce qu’ils ont lu ou écouté, du voyage qu’ils ont fait, de leur santé (vive le mercredi) vacillante. Salut aux Roumains qui en voyant mon nom sur mon badge me prennent pour un des leurs (pareil pour les Grecs, ce qui m’a permis de voyager pendant près de dix ans en Grèce sans parler un traître mot de grec – sinon le grec ancien!- et être considéré aux yeux de certains comme faisant partie de la famille. Au bout de quelques verres de Retsina, ce vin qui a un goût terreux, on se sent effectivement membre de la famille avec tout ce que cela implique). Salut aux Suisses, mes compatriotes, qui n’arrivent toujours pas à croire qu’un Valaisan leur serve à Montréal, qui trouvent que le monde est petit (Bonjour MacLuhan !) et qui me demandent si je suis de la famille des deux autres Constantin célèbres dans mes vertes montagnes où les vaches sont mauves. Salut les Belges, les Italiens, les Français…enfin vous là..les maudits Européens, comme dirait quelqu’un. Pas de regrets pour vous les « téléphoneux » qui ne daignez même pas débrancher devant moi et qui affrontez mon mépris en me jetant votre carte de crédit sur le comptoir (certains d’entre vous sont allés la ramasser dans les friandinutiles qui prennent d’assaut les comptoirs), à ceux qui ne vous regardent pas, ne vous disent jamais rien, qui vous prennent pour leur esclave et qui pensent encore que le client est roi sans savoir que je suis un régicide !
Pas une ligne de plus pour les « chialeux », les écornifleurs du rabais et … les lecteurs de Beigbeder (Quel acharnement !).

Salut à tous mes collègues qui ont supporté (ou pas) mon foutu caractère et mon vocabulaire suranné parfois. Je commençais à m’attacher à vous, il était donc temps que je m’en aille (ne vous inquiétez pas, le salaire y était pour quelque chose…aussi).

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